Mes écritures

Humeur de février

 

Nés au bout des doigts

Le jour s’achève. Je vais les laisser reposer, laisser les couleurs travailler et se répondre jusqu’au matin. Avant de rejoindre le sommeil je leur adresse un dernier regard, je m’assure que les pigments et vernis commencent à prendre leur éclat, avant d’éteindre la lampe.

Au matin quand les rêves ont déposé leur sédiment, que l’arôme du café gagne l’atelier , je viens les embrasser du regard, guettant les reflets, les effets, les surprises de la nuit : chimie des couleurs, alchimie des intuitions.

Je veille sur leur devenir avec le même soin que le les porte et les transporte en attendant que soudain ce soient eux qui nous transportent dans un autre monde.

Ils m’épuisent, me réjouissent, m’inquiètent, me donnent à penser, occupant un espace aussi puissant que ces êtres de chair que j’appelle mes enfants.

Et parfois ils me déçoivent, me déconcertent, j’attendais autre chose, ce petit éclat de lumière qui change tout. Alors je nous laisse-à eux et à moi- une chance de respirer, de prendre du recul.

Retournés ? Oubliés ? Jamais. Reniés, encore moins. Simplement déposés, comme négligemment, hors du champ de mon regard immédiat, jusqu’à ce que la main les caressant par inadvertance perçoive leur pulsation et qu’enfin le pinceau leur restitue la lumière qu’il leur doit.